PAR L'ÉQUIPE TAMANI VIBES
Chaque année, la semaine de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations unies (AGNU), qui se tient à New York fin septembre, est le rendez-vous diplomatique le plus regardé de la planète. Près de 130 chefs d'État et de gouvernement y montent à la tribune pour exposer la vision de leur pays devant le monde entier. Mais à l'occasion de la 81e édition, qui s'est ouverte le 22 septembre sous le thème « Restaurer la confiance et soutenir les transformations : une ONU au service de tous », plusieurs des poids lourds diplomatiques et économiques du continent africain ont brillé par l'absence de leur numéro un.
Le Nigeria, l'Afrique du Sud et l'Égypte : les trois premières économies du continent sans leur président
Selon le FMI, le Nigeria, l'Afrique du Sud et l'Égypte forment le trio des plus grandes économies d'Afrique. Aucun des trois n'a envoyé son chef d'État à New York cette année.
Bola Tinubu, président du Nigeria, en est à sa troisième absence consécutive (2024, 2025, 2026), après avoir personnellement représenté son pays en 2023. Officiellement, le président nigérian se trouvait en « congé de travail » — un séjour débuté fin août à Londres puis à Paris, où il a notamment rencontré Emmanuel Macron, et qui a été prolongé de plusieurs jours au-delà des trois semaines initialement prévues. Le ministre de l'Information, Mohammed Idris, a défendu ce choix : « La décision du président de demander au vice-président de conduire la délégation du Nigeria n'est ni inhabituelle, ni une diminution du rang diplomatique du pays. » C'est donc le vice-président Kashim Shettima qui a porté la voix nigériane, plaidant une nouvelle fois pour un siège permanent du Nigeria au Conseil de sécurité. Mais l'absence répétée du président a suscité des critiques inhabituellement frontales dans l'opposition : le porte-parole de l'ancien vice-président Atiku Abubakar a interpellé la présidence, estimant que « demander pourquoi n'est pas de l'hostilité, c'est de la redevabilité » et que « la présidence devrait simplement dire la vérité aux Nigérians ».
En Afrique du Sud, c'est un concours de circonstances plus délicat qui a tenu Cyril Ramaphosa loin de New York : au retour du sommet des BRICS en Inde, ses médecins l'ont mis au repos pour une durée indéterminée, sans qu'aucun diagnostic ne soit rendu public. Fait rare, son vice-président Paul Mashatile se remettait au même moment d'une intervention médicale mineure, laissant le pays sans ses deux plus hautes autorités au moment précis où Pretoria aurait pu faire valoir sa position dans le bras de fer commercial qui l'oppose à Washington depuis l'imposition de droits de douane américains de 30 % sur ses exportations. C'est finalement le ministre des Relations internationales, Ronald Lamola, qui a porté la déclaration nationale sud-africaine.
En Égypte, pour la deuxième année de suite, c'est le Premier ministre Mostafa Madbouly qui a représenté Abdel Fattah al-Sissi, dans un contexte régional dominé par les suites du conflit à Gaza — Madbouly a d'ailleurs participé en marge de l'Assemblée à un sommet convoqué par Donald Trump avec plusieurs dirigeants arabes sur l'avenir du territoire palestinien.
La Côte d'Ivoire et la RDC, deux absences aux motifs très différents
En Côte d'Ivoire, réélu en octobre 2025 pour un quatrième mandat, le président Alassane Ouattara — déjà absent l'an dernier — a de nouveau été représenté par le vice-président Tiémoko Meyliet Koné, qui a plaidé à la tribune pour « le dialogue à la place de la confrontation ». Le gouvernement, par la voix de son porte-parole Amadou Coulibaly, a dû répondre aux interrogations suscitées par cette absence dans le débat public ivoirien.
Le cas de la République démocratique du Congo est différent : loin d'un choix d'agenda, l'absence de Félix Tshisekedi tient à des restrictions sanitaires américaines. Les États-Unis ont instauré des restrictions de voyage pour toute personne en provenance de RDC, d'Ouganda et du Soudan du Sud, pays touchés par une épidémie d'Ebola qui a déjà fait plus de 3 000 morts. Une délégation présidentielle congolaise, habituellement nombreuse, ne pouvait bénéficier des exemptions prévues pour les chefs d'État sans une quarantaine préalable de 21 jours dans un pays tiers. La Première ministre Judith Suminwa a donc conduit la délégation congolaise à New York.
Une tendance qui n'épargne pas que l'Afrique subsaharienne
D'autres dirigeants africains ont, à l'inverse, fait le déplacement : le Kenyan William Ruto, le Ghanéen John Mahama, le Sénégalais Bassirou Diomaye Faye — venu notamment soutenir la candidature de l'ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général de l'ONU — ou encore le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra. Le phénomène déborde même du continent subsaharien : la presse algérienne a relevé, non sans ironie, l'absence du président Abdelmadjid Tebboune, évoquant une « diplomatie algérienne en mode procuration ».
L'ironie d'une semaine dominée par la revendication d'un siège africain permanent
Cette vague d'absences présidentielles tombe à un moment particulier : c'est justement lors de cette 81e session que le président burundais Évariste Ndayishimiye, à la tête de l'Union africaine, a porté avec le plus de force la revendication historique du continent — deux sièges permanents pour l'Afrique au Conseil de sécurité, conformément au Consensus d'Ezulwini vieux de deux décennies. Une demande soutenue publiquement par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres lui-même, pour qui « un Conseil de sécurité du XXIe siècle sans représentation africaine permanente est injuste et indéfendable ».
Reste une question que plusieurs commentateurs africains n'ont pas manqué de soulever : comment peser pour obtenir une place plus forte et plus permanente au sommet de la gouvernance mondiale, quand plusieurs des économies et voix diplomatiques les plus importantes du continent choisissent, une année sur deux, de ne pas occuper elles-mêmes la tribune la plus symbolique qui leur est déjà offerte ?
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- Sources utilisées :
- Fact Check Africa (22 septembre 2026)
- Daily Trust, Nairametrics, Newsclick Nigeria, National Accord Newspaper
- Mail & Guardian, Sowetan, CNBC Africa, DIRCO (Afrique du Sud)
- Jordan News, Egyptian Streets, Daily News Egypt (Égypte)
- AIP — Agence Ivoirienne de Presse, Africa Radio, Linfodrome (Côte d'Ivoire)
- allAfrica/RFI, Radio Okapi, Studio Hirondelle RDC (République démocratique du Congo)
- The Star Kenya, Rio Times, Gazette NGR (Union africaine et Conseil de sécurité)
- Apples Bite, LatinTimes, Le Matin d'Algérie



