PAR L'ÉQUIPE TAMANI VIBES
Le 3 novembre, les électeurs américains se rendent aux urnes pour l'élection de mi-mandat, ou « midterms » : un scrutin qui renouvelle l'intégralité des 435 sièges de la Chambre des représentants, 35 des 100 sièges du Sénat et 39 postes de gouverneurs. Ce vote, traditionnellement présenté comme une affaire de politique intérieure américaine, a pourtant des répercussions bien réelles sur le continent africain — à commencer par une politique de visas qui touche aujourd'hui la Côte d'Ivoire elle-même.
Une majorité républicaine à la peau de chagrin
La Chambre est actuellement contrôlée par une majorité républicaine extrêmement étroite : 219 sièges contre 213 aux démocrates, pour 3 sièges vacants. Il suffirait donc d'un basculement net de seulement trois sièges pour que les démocrates reprennent le contrôle. Au Sénat, les républicains disposent d'une avance plus confortable (53 contre 45, plus 2 indépendants qui siègent avec les démocrates), mais la majorité y est elle aussi négociable : un gain net de quatre sièges suffirait à faire basculer la chambre haute.
Les sondages suggèrent un climat de plus en plus favorable à l'opposition démocrate. Début octobre, l'agrégateur Silver Bulletin (Nate Silver) donnait les démocrates en tête du « generic ballot » national — l'intention de vote pour le Congrès, tous sièges confondus — avec une avance de 9 points, en nette progression depuis le début de l'été. Le taux d'approbation du président Donald Trump, lui, s'est effondré depuis l'ouverture d'un front militaire contre l'Iran fin février : les instituts le situent désormais entre 31 % et 37 %, loin des niveaux de l'automne 2025. Signe de ce climat, le très respecté Cook Political Report a revu fin septembre dix-huit évaluations de circonscriptions à la Chambre en faveur des démocrates, et qualifie désormais la bataille pour le Sénat de « vrai match nul ».
Plusieurs courses sénatoriales concentrent l'attention : en Caroline du Nord, l'ancien gouverneur démocrate Roy Cooper devance largement le républicain Michael Whatley dans la quasi-totalité des sondages ; au Texas, État pourtant solidement républicain, le jeune élu démocrate James Talarico talonne un Ken Paxton affaibli par des scandales à répétition ; dans le Michigan, la Géorgie, l'Ohio et le Maine, les écarts sont tout aussi serrés.
Coût de la vie, guerre en Iran et budget : une campagne sous tension
Sans surprise, le pouvoir d'achat domine les préoccupations des électeurs : près de la moitié d'entre eux le citent comme premier critère de vote, et plus de sept Américains sur dix désapprouvent la gestion de l'inflation par l'administration Trump, selon un sondage Reuters/Ipsos. S'y ajoute l'impopularité du conflit lancé fin février contre l'Iran aux côtés d'Israël — soutenu par seulement 31 % des Américains — ainsi que le souvenir de deux fermetures partielles de l'administration fédérale (« shutdowns ») en début d'année, dont l'une, longue de 76 jours, est devenue la plus longue de l'histoire du pays. Un nouveau financement provisoire du gouvernement fédéral expire le 11 décembre, soit quelques semaines seulement après le scrutin — de quoi laisser planer une nouvelle crise budgétaire juste après les midterms.
L'Afrique, angle mort de la campagne... mais pas de ses conséquences
L'Afrique n'apparaît presque jamais dans les discours de campagne américains. Elle est pourtant directement concernée par plusieurs décisions prises par l'administration sortante, que le résultat du 3 novembre pourrait consolider ou au contraire freiner.
La plus visible est la politique de restrictions de voyage, étendue par étapes depuis juin 2025 jusqu'à couvrir aujourd'hui 39 pays dans le monde — dont 26 pays africains, soit les deux tiers de la liste. Neuf pays, parmi lesquels le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Somalie, le Soudan et le Tchad, font l'objet d'une interdiction totale d'entrée sur le sol américain. Quatorze autres, dont le Sénégal, le Nigeria, le Gabon, le Bénin et la Côte d'Ivoire, sont soumis à des restrictions partielles qui suspendent notamment les visas touristiques, étudiants et d'échange. Washington justifie ces mesures par des lacunes dans la vérification d'identité, des taux élevés de dépassement de visa et la présence de groupes armés actifs dans certains pays. Une mesure distincte, entrée en vigueur en janvier, a par ailleurs suspendu le traitement des visas d'immigrant pour 75 pays, Afrique comprise, le temps que Washington « réévalue ses procédures ».
Autre dossier suivi de près par les élus démocrates du Congrès : le démantèlement, dès janvier 2025, de l'agence d'aide humanitaire USAID. Ses conséquences continuent d'alimenter des échanges tendus à Washington, où l'opposition évoque des coupures d'aide vitale touchant notamment le Burkina Faso, le Mali, le Niger, la Somalie et le Zimbabwe. Le programme commercial préférentiel AGOA, qui permet à des dizaines de pays africains — dont la Côte d'Ivoire — d'exporter vers les États-Unis sans droits de douane sur une large gamme de produits, n'a lui été reconduit que jusqu'à fin décembre 2026, avec la promesse d'une « modernisation » version America First qui exigerait davantage de concessions commerciales des partenaires africains. Sa prochaine négociation tombera donc directement entre les mains du Congrès qui sortira des urnes le 3 novembre.
Ce qui pourrait changer selon le résultat
Un basculement démocrate à la Chambre replacerait l'élu new-yorkais Gregory Meeks, actuel vice-président de la commission des Affaires étrangères et l'un des rares parlementaires américains à suivre assidûment les dossiers africains, à la présidence de cette commission — avec un vrai pouvoir de convoquer des auditions, d'exiger des documents et de peser sur le budget de l'aide humanitaire. Une majorité démocrate au Sénat donnerait quant à elle un droit de regard sur la confirmation des prochains diplomates américains en Afrique. À l'inverse, un Congrès qui resterait acquis aux républicains laisserait le champ libre à la poursuite, voire au durcissement, des politiques actuelles de visas, d'aide et de commerce — sans contre-pouvoir parlementaire significatif.
Les Américains ne voteront pas en pensant à l'Afrique le 3 novembre. Mais le Congrès qu'ils éliront aura, qu'il le veuille ou non, un mot à dire sur l'avenir de plusieurs dossiers qui concernent très concrètement la Côte d'Ivoire et ses voisins.
- --
- Sources utilisées :
- Ballotpedia, Wikipedia (« 2026 United States elections », « 2026 Iran war », « 2026 US federal government shutdowns »)
- Cook Political Report, Silver Bulletin (Nate Silver)
- Reuters/Ipsos, The Hill, Washington Post
- Axios, Newsweek, Texas Tribune, TheGrio
- American Immigration Council, Al Jazeera, Euronews, France24
- USTR.gov (communiqué officiel sur l'AGOA)
- meeks.house.gov (communiqués officiels)



